Le procès de Fabienne Kabou se poursuit aux Assises de Douai (Nord). La femme de 40 ans comparaît pour avoir tué sa fille Adélaïde, 15 mois, en l’abandonnant sur la plage de Berck en novembre 2013. Condamnée à 20 ans de réclusion criminelle en première instance, Fabienne Kabou comparaît cette fois-ci en appel. Le verdict est attendu demain.

Hier, le tribunal a entendu Angèle Boissy, la mère de Fabienne Kabou. Selon elle, sa fille a été “maraboutée”. Une version qu’avance également l’accusée, née en 1977 à Dakar. Depuis le début du procès, cette Sénégalaise installée à Paris explique que des forces invisibles, une énergie malveillante, l’ont poussé à tuer sa fille (lire ici). Les psychiatres ont évoqué un “meurtre altruiste”. “Madame Kabou a éliminé sa fille pour la sauver de quelque chose de pire”, a expliqué vendredi Maroussia Wilquin, expert psychiatre, avant de conclure que derrière les explications de sorcellerie avancées par Fabienne Kabou se cachait une “maladie mentale” pouvant altérer son discernement au moment des faits, et donc atténuer sa responsabilité pénale (lire ici).

Une conclusion qui, selon les parties civiles, entre en contradiction avec plusieurs éléments laissant penser à une préméditation (lire ici). Hier, un expert en informatique ayant analysé l’ordinateur de Fabienne Kabou a révélé que cette dernière avait consulté les horaires de marée à Berck, quelques jours auparavant. 

Petite menteuse ou grande malade mentale ? C’est à cette question que les jurés devront répondre, demain. En attendant, la parole sera donnée ce jeudi à l’avocate générale et aux avocats des parties civiles.

Ce matin, les avocats représentant les associations de défense de l’enfant ont plaidé. Leur objectif: parler d’Adélaïde, et démontrer que Fabienne Kabou est responsable de ses actes. Reportage Delta FM :

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9h40: C’est Jean-Philippe Broyart, qui représente l’association Enfance et Partage, qui débute sa plaidoirie devant les jurés. “Le meurtre d’un enfant, c’est de la maltraitance, quoiqu’en dise les psychiatres ! Ce n’est pas parce qu’Adélaïde avait les ongles soignés et que sa mère lui a donné le sein qu’elle n’a pas été maltraitée. Il y a un angélisme malsain d’une mère idéale qui s’est instauré à cette audience. Édulcorer le crime sous couvert d’une maladie mentale éventuelle, nous servir ce crime comme étant altruiste, ça me donne envie de vomir. Un crime n’est jamais beau, et encore moins celui d’un enfant. Dans sa folie, Fabienne Kabou entendait des voix. Eh bien moi, j’entends celle d’Adélaïde qui me dit qu’elle aime sa mère, parce qu’elle n’a pas eu le temps d’apprendre la haine”.

Me Broyart imagine le calvaire de la petite fille de 15 mois. “Elle a dû paniquer, suffoquer une fois, deux fois, trois fois, et puis plus rien”. Dans son box, Fabienne Kabou écoute les plaidoiries, impassible.

10h00: Place à la plaidoirie de Maître Sylvie Fénard, qui représente l’association “La Voix de l’Enfant”: “Au bout de cinq jours de procès, je n’ai toujours pas de réponse à mes questions. L’état mental de Fabienne Kabou fait l’objet de débats enflammés entre les psychiatres… mais de mon point de vue, il n’y a pas toujours d’explication sur la mort d’Ada. Devons-nous admettre que cette petite fille était condamnée à mourir dès sa naissance à cause de l’état psychologique de sa mère ? En faisant cela, ne participons pas nous aussi au fait de nier son existence ? Je vous le répète: la mort d’un enfant n’est jamais une fatalité”.

10h30: Caroline Raymond, qui représente l’association “L’enfant bleu” débute à présent sa plaidoirie. Elle s’adresse aux jurés. “Il y a des choses que je vais vous dire, et des choses que je ne vous dirai pas. Je ne vous dirai pas que Fabienne Kabou est folle. Je ne vous dirai pas qu’elle a été maraboutée. Parce que je n’y crois pas. Ce n’est pas parce qu’on croit à la sorcellerie qu’on tue son enfant ! En ce qui concerne “un éventuel trouble mental”, l’avocate précise qu’elle n’a pas qualité à juger de l’avis des psychiatres. “Vous vous ferez votre propre opinion, lance-t-elle aux jurés. Je dois simplement vous dire que s’il semble acquis qu’elle ait eu une altération du discernement, elle reste pénalement responsable. Fabienne Kabou essaie de dire qu’elle n’est pas la seule responsable de la mort d’Ada. Il n’y a pas lieu de tomber dans ce piège. C’est bien Fabienne Kabou qui est dans le box. Il n’y a personne à côté d’elle. C’est elle que vous avez à juger aujourd’hui“.

11h00: Me Raymond termine sa plaidoirie. “On ne peut pas dire que vous étiez une mère magnifique, Madame Kabou. Vous avez accouché seule, il n’y a pas eu de suivi, ni avant ni après l’accouchement. Ada est née et a vécu dans l’indifférence, puis est morte dans l’incompréhension”. L’audience est suspendue pour 10 minutes.

11h30: L’audience reprend avec la plaidoirie de Me Calonne, avocate d’Etienne Kabou, le père de l’accusée. “Il y a quelque chose qu’on doit à Adélaïde, à son père, à ses grands-parents: c’est la vérité. Pas la vérité partisane de ceux qui viennent vous dire qu’ils sont là pour défendre les enfants. La conviction de l’homme que je représente aujourd’hui, c’est que Fabienne Kabou est malade”. L’avocate rappelle que les psychiatres ont diagnostiqué l’accusée comme étant “une grande délirante”. Selon elle, “c’est la clé” pour comprendre Fabienne Kabou.

11h55: Le dernier avocat des parties civiles à plaider est Me Raphaël Tachon, qui représente Angèle Boissy, la mère de Fabienne Kabou. Comme sa consœur, il estime qu’il faut s’en remettre aux conclusions des experts psychiatres. “Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et s’adressant aux jurés: “Si mardi soir vous n’avez pas entendu la folie de Fabienne Kabou et sa psychose délirante, c’est que vous n’étiez pas dans cette salle”.

12h15: L’audience est suspendue. Elle reprendra avec les réquisitions, puis les plaidoiries de la défense. “Selon l’heure, le délibéré sera rendu ce soir… ou demain” annonce la Présidente.

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