Ce lundi s’ouvre le deuxième jour du procès en appel de Fabienne Kabou, condamnée à 20 ans de réclusion criminelle en première instance. La femme est accusée d’avoir tué sa fille Adélaïde, 15 mois, en l’abandonnant sur la plage de Berck, en novembre 2013. A l’ouverture du procès vendredi, elle a plaidé non-coupable et invoqué la sorcellerie pour expliquer son geste (cliquez pour lire notre résumé de la première journée d’audience). 

Maroussia Wilquin, experte psychiatre entendue à la barre vendredi, a conclu que Fabienne Kabou souffrait de « psychose chronique délirante » et que sa place n’était pas en prison.

9h30: La deuxième journée du procès vient de débuter. Aujourd’hui, la Cour s’intéresse au déroulement des faits. Alors que les psychiatres ont évoqué une maladie mentale de l’accusé et une altération de son discernement, certaines auditions de témoins pourraient venir contraindre ces conclusions. En effet, plusieurs éléments laissent penser à une préméditation des faits.

9h45: Un officier de police judiciaire vient raconter l’interpellation de Fabienne Kabou. “Nous nous sommes donc présentés à Paris et j’ai procédé dans la nuit à l’audition de Madame Kabou. Je me suis rendu compte que j’avais face à moi une femme intelligente, posée, qui s’exprimait clairement. Malgré la situation, c’était presque agréable, car son discours était limpide. Le problème, c’est qu’elle ne faisait que me répéter la version donnée à son compagnon, m’expliquant qu’elle avait confié sa fille à sa mère, au Sénégal. Un peu plus tard, compte-tenu des preuves apportées, elle a reconnu être allé déposer son enfant sur la plage de Berck « parce que Berck, ça sonne triste, contrairement au Touquet, qui fait penser aux vacances ». Elle a également choisi cet endroit car elle avait entendu que l’amplitude des marées était importante.” Elle est ensuite repartie à l’hôtel, puis a repris le train le lendemain ». L’enquêteur explique que Fabienne Kabou a avoué les faits « sur le même ton que lorsqu’elle a donné sa première version ».

9h50: Frank Berton, avocat de Fabienne Kabou, monte au créneau: “Vous expliquez devant la Cour que Fabienne Kabou a tué sa fille pour reprendre ses études de philosophie. Ce n’est pas ce qui est écrit dans le PV d’audition. Lorsque vous l’entendez après son interpellation, elle explique clairement qu’elle a déposé son enfant sur la plage car “elle se sentait poussée“. En intervenant sur ce point, l’avocat de la défense veut démontrer au jury que Fabienne Kabou a invoqué la sorcellerie dès le début de l’enquête.

10h: Fabienne Kabou écoute les débats depuis le box des accusés. Tailleur gris sur chemisier blanc, bras croisés, cheveux tirés en arrière, elle n’intervient pas.

10h10: C’est désormais à un fonctionnaire de police du commissariat de Berck d’intervenir… avec maladresse. “Lors de la découverte du corps, on démarre notre enquête dans l’optique d’un accident. On pense à un enfant perdu sur la plage, ou tombé d’un bateau. Au final, tout ça tombe à l’eau… sans mauvais jeu de mots”.

10h30: L’officier de police judiciaire qui a géré et centralisé la procédure de la découverte du corps jusqu’à l’interpellation de Madame Kabou est maintenant appelé à la barre, en tant que témoin. Il est question de la poussette retrouvée (notre photo). Celui-ci confirme qu’elle a été abandonnée sur le chemin du retour entre la plage et l’hôtel. 

11h00: L’audience est suspendue pour 15 minutes. Ces premières auditions ont permis d’en savoir plus sur le déroulement des faits. Le 19 novembre, Fabienne Kabou est partie de chez son compagnon, à Saint-Mandé. Elle a expliqué à celui-ci qu’elle allait déposer sa fille chez sa mère, au Sénégal. Finalement, c’est à Berck qu’elle se rendra. Sur place, elle demande à des passants où elle peut trouver un hôtel pour dormir. Elle s’y installe, avant de partir, le soir, avec sa fille Adélaïde dans la poussette. “Je me suis sentie poussée, j’avais le vent dans le dos” explique-t-elle aux enquêteurs. Elle dépose l’enfant endormie sur le sable, “après un gros câlin“, puis repart à l’hôtel après avoir abandonné la poussette. Le lendemain, elle reprend le train pour Paris. Elle sera interpellée le 29 novembre, grâce au témoignage de l’hôtelier et aux caméras de vidéosurveillance de la gare. “Sans le témoignage, nous n’aurions jamais retrouvé sa trace, a expliqué un policier ce matin. L’enfant n’était pas déclaré, elle n’avait pas de téléphone portable avec elle, pas de Carte Bleue…Fabienne Kabou doit être entendue dans la journée sur les faits.

Jean-Philippe Broyart, avocat qui représente l’association “Enfance et Partage” n’a d’autre choix que d’accepter les conclusions des psychiatres. Pour autant, certains éléments laissent penser à une préméditation

11h20: L’audience vient de reprendre. Un enquêteur de la direction centrale de la police judiciaire est à la barre. Il rappelle qu’à l’époque, un numéro vert avait été mis en place pour retrouver Fabienne Kabou. “Nous avons reçu plusieurs signalements. Un jour, le nom de Fabienne Kabou est arrivé. On a déterminé qu’elle était domiciliée à Saint-Mandé, mais lorsque nous recevons la photo de son passeport et de sa carte d’identité, il nous est impossible de faire le rapprochement avec les images de vidéosurveillance”.

L’homme explique qu’il a failli ranger le dossier sur la pile des pistes à abandonner. “Il n’y avait pas d’enfant déclaré. Elle ne correspondait donc pas à la personne recherchée”

“Avec un collègue, nous sommes allés au domicile de Fabienne Kabou et Michel Lafon, son compagnon. Nous avons posé des questions sur l’affaire, et à chaque fois, Fabienne Kabou disait qu’elle ne regardait pas la télévision et qu’elle n’était pas au courant. Elle m’explique qu’elle a déposé sa fille Adélaïde chez sa mère, au Sénégal. Elle me donne des détails, tels que l’heure du vol, etc. Nous avons bu un café ensemble, preuve qu’elle a réussi à me mentir de façon magistrale. Si j’avais su que j’avais l’auteur des faits devant moi, je n’aurais jamais bu ce café. C’est seulement quand elle me donne la description vestimentaire de sa fille que je comprends que j’ai l’auteur des faits devant moi. Je décide de mettre fin à l’audition et à la placer en garde à vue”. L’homme explique que rien dans l’appartement ne laissait penser qu’un enfant vivait là.

“Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui mentait de cette manière” O. Da Fonseca, enquêteur à la Direction Centrale de la Police Judiciaire

12h00: Moment de tension entre Maître Berton et l’enquêteur qui témoigne. L’avocat reproche au policier de ne pas répondre à ses questions. “Sur place, vous retrouvez des bottes pleines de sable, son sac, ses tickets de métro. Elle n’a rien caché. Et vous dites qu’elle vous a menti ?” Le fonctionnaire admet qu’entre son premier coup de téléphone et son arrivée au domicile, Fabienne Kabou “avait largement le temps de prendre la fuite et de détruire les preuves”.

12h10: C’est au tour de Maître Roy-Nansion de prendre la défense de sa cliente. Elle insiste pour démontrer que Fabienne Kabou n’a pas un profil ordinaire. Sans le dire, elle essaie de démontrer la pathologie mentale de l’accusée, qui laisse les preuves visibles et ne s’enfuit pas à l’arrivée des policiers. “Fabienne Kabou reste un mystère pour moi” concède l’enquêteur.

L’audience est suspendue. Reprise prévue à 14h00. 

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