Un rapport d’expertise sur les conditions de travail à l’hôpital de Boulogne, publié fin novembre, relève un pilotage « autoritaire, injuste et impartial, des conflits et des relations tendues entre l’encadrement et les équipes qui ont des conséquences psychologiques lourdes« .

La crise sanitaire débutée en mars 2020 a révélé le manque de moyens des hôpitaux français. L’hôpital de Boulogne n’y échappe pas. En parcourant les 250 pages du rapport d’expertise du cabinet Emergences, on découvre le quotidien de ces médecins obligés « d’enchaîner les consultations, sans pouvoir offrir aux patients le temps ni la disponibilité d’écoute nécessaire à leur prise en charge« , de ces infirmières qui font « des prises de sang à la chaine, sans pouvoir bénéficier d’un temps de répit au cours de leur poste » et qui doivent parfois « réaliser les tâches censées être effectuées par des médecins (édition de bilans sanguins, recueil du consentement auprès du patient, réalisation d’actes médicaux tels que des extractions manuelles de selles, etc.)« .

Une intensification du travail qui se manifeste aussi par une augmentation des heures supplémentaires. « Ces contraintes sont source de fatigue et entraînent des conséquences négatives sur l’organisation de la vie privée des agents » notent les experts.

Mais au-delà de ces carences matérielles et humaines, qui relève d’un manque de moyen national, le malaise du personnel de l’hôpital de Boulogne semble aussi venir d’ailleurs. Le rapport évoque notamment les « pressions psychologiques par les cadres supérieurs« , un management « en roue libre » et « une organisation maltraitante poussant les salariés à l’épuisement professionnel et au risque suicidaire« .

Le rapport décrit une organisation du travail au sein des services du CH de Boulogne-sur-Mer qui « semble pâtir d’un
pilotage de l’activité qualifié de manière quasi unanime « d’autoritaire », « injuste » et « impartial »« . Particulièrement pointés du doigt, les cadres supérieurs de l’établissement. « Rien n’est fait pour nous. Les cadres de service, on voit bien que certains essayent de mettre en place des choses (…) Mais à chaque fois les cadres supérieurs cassent tout. Ils ne valident pas ou font autrement ce qui était bien. Mais la grande direction elle est au courant qu’ils font ça les cadres supérieurs ? » s’interroge un soignant.

Dans les faits, cela se traduit notamment par des plannings modifiés quasiment du jour au lendemain. « Le planning est fait à la quinzaine, on est censés l’avoir le 15 du mois, mais on l’a 15 jours par 15 jours. Et puis il est modifié après au crayon bois » témoigne un employé. Un « dysfonctionnement organisationnel » qui conduit à un taux d’absentéisme important… et à une surcharge de travail pour les équipes en place. Le manque de remplacement pour pallier à l’absentéisme les rappels sur les jours de repos et les jours de congés sont fréquents. « Pour parvenir à absorber la charge de travail, les soignants sont contraints d’accélérer le rythme de leur travail et de dégrader la qualité des soins dispensés aux patients » peut-on lire dans la synthèse du rapport. Une mécanisation des soins et une intensification du travail qui conduisent à l’épuisement des agents. 

Une situation particulièrement marquée dans les EHPAD, où les experts notent « une tension physique et psychologique en lien avec l’organisation du travail. Un risque psychosocial est ici très fortement marqué et peut conduire à des conséquences très graves (les tentatives de suicide n’étant pas à exclure). Il est donc urgent que la direction agisse rapidement par la mise en place d’un plan d’action permettant notamment de renforcer les effectifs et permettre la conduite non délétère des tâches de travail et du respect des temps de repos hors travail« 

Le rapport précise qu’aucun salarié rencontré par les experts n’a fait par de la planification concrète de scénario suicidaire. Néanmoins, « des idées suicidaires et des vécus passés de crise suicidaire ont pu être relevés parmi les agents« .

La Direction de l’hôpital de Boulogne tiendra un point presse ce mercredi matin pour commenter ce rapport d’expertise.

 

Comment ce rapport a-t-il été réalisé ?

Interpellés à plusieurs reprises par des agents faisant état de souffrance psychologique dans les services, le personnel du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ont décidé et voté le 12 février 2020 une expertise confiée au cabinet Emergences. Pour réaliser son expertise, les experts se sont appuyé sur l’analyse documentaire, des entretiens individuels et collectifs, et l’observation de l’activité. Au total, 269 agents ont été entendus, à la fin de l’année 2020.

X
X