Après les plaidoiries des parties civiles ce matin (lire et écouter ici), la parole est donnée à l’avocate générale Pascale Girardon pour les réquisitions. Rappelons que lors du premier procès, le Procureur avait requis 18 ans de réclusion criminelle. Les jurés étaient allés au-delà, en condamnant Fabienne Kabou à 20 ans de prison, pour avoir tué sa fille en l’abandonnant sur la plage de Berck, en novembre 2013.

14h00: L’audience reprend. Quelle peine va requérir l’avocate générale à l’encontre de Fabienne Kabou ? On devrait le savoir d’ici 16h. L’avocate générale a prévenu que son réquisitoire durerait près de 2 heures.

“Il faut se garder d’avoir des certitudes, d’avoir des a priori sur les mères infanticides. Il faut se garder d’avoir des certitudes et d’avoir des déclarations faciles comme celle qu’a eu le docteur Wilquin. Lorsque je lui ai posé la question, elle m’a répondu que Fabienne Kabou était atteinte d’une maladie mentale et qu’il ne pouvait pas en être autrement. Or, la psychiatrie n’est pas une science exacte débute l’avocate générale. 

Pascale Girardon s’adresse aux jurés: “Oui, Fabienne Kabou restera une énigme. Il restera des zones d’ombre. Mais cela ne vous empêchera pas de rendre un délibéré. Dans le dossier, il y a suffisamment d’éléments matériels, vérifiés, non discutés et non discutables qui vous permettront de prendre votre décision”

“Il y a des faits qui ne sont incontestables. Fabienne Kabou reconnaît que c’est elle qui a déposé Adélaïde sur la plage de Berck, le 19 novembre à 21h, et qu’elle la condamnait à une mort certaine. Hier, elle nous a dit qu’elle lui avait demandé pardon avant de la laisser sur le sable. Si elle lui demande pardon, c’est qu’elle avait bel et bien conscience qu’elle allait lui faire quelque chose de mal. Ça, c’est un fait indiscutable, indiscuté: il s’agit d’un geste volontaire”.

“Ce qu’on reproche à Madame Kabou, c’est d’avoir commis ce geste, mais aussi de l’avoir prémédité”

“En la privant d’existence légale, n’y avait-il pas cette idée d’une fin rapide, fatale ? En tout cas, ce qui est sûr, c’est que Fabienne Kabou a préparé les choses. Elle va consulter sur Internet les horaires de marée. Elle consulte aussi les horaires de train. Pour aller où ? A Berck !”

Il aura fallu attendre le réquisitoire de l’avocate générale pour évoquer la préméditation du geste de Fabienne Kabou. Aucun avocat des parties civiles n’en a parlé ce matin.

L’avocate générale rappelle que Fabienne Kabou a menti à son compagnon, Michel Lafon, lui faisant croire qu’elle allait emmener Adélaïde chez sa mère, à Dakar.

14h30: Cela fait maintenant une demi-heure que l’avocate générale parle aux jurés. Comme le veut la procédure, elle démontre les faits chronologiquement. 

Autre élément qui prouve la préméditation selon Pascale Girardon, la discussion avec l’hôtelier. A son arrivée Berck, Fabienne Kabou explique en effet qu’elle ne va pas prendre l’option petit-déjeuner, car elle juste de passage pour remettre son enfant à son père.

“Lorsque Michel Lafon l’appelle, elle lui explique que tout se passe bien. Qu’elle est arrivée à Dakar, et qu’Adélaïde joue avec sa mère” rappelle l’avocate générale, qui indique que “ce n’est que le 23 décembre 2013 que Fabienne Kabou commencera à donner une autre raison et à invoquer la sorcellerie“.

15h00: On atteint la première heure de réquisitoire de l’avocate générale. Elle évoque un échange téléphonique entre Fabienne Kabou et sa mère, le 1er janvier 2014, lors duquel les deux femmes parlent de maraboutage et de sorcellerie. Selon Pascale Girardon, la sorcellerie “est une explication de pure opportunité. Elle est arrivée tardivement dans la procédure. Fabienne Kabou affirme d’ailleurs à sa mère au téléphone qu’il faut qu’elle assure ses arrières !”

Dans son box, Fabienne Kabou semble avoir décroché. Elle regarde ses ongles. Ses avocats froncent les sourcils quand l’avocate générale parle de “mensonges”. Ils auront la parole dans quelques minutes pour prendre la défense de leur cliente.

L’avocate générale revient enfin sur les expertises, “deux de psychologues, et deux de psychiatres“. “Quatre avis quasiment différents” selon elle. “Les psychologues sont venus nous dire qu’elle présentait des troubles de la personnalité qui pouvaient expliquer son geste. Les psychiatres, eux, sont venus vous expliquer qu’ils avaient retenu une altération du discernement. Cela a donc une conséquence juridique: si vous retenez cette altération, vous devrez diminuer la peine de Fabienne Kabou, par rapport à celle encourue. Pour rappel, Fabienne Kabou encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

L’avocate générale explique que si les psychiatres n’ont pas conclu à une abolition du discernement et ont plutôt choisi l’altération, c’est parce qu’elle est “dans une rationalité”. “Elle s’organise, va chercher les horaires de marée, les horaires de train, elle ment à Michel Lafon à son départ et à son retour, elle cache les billets de train, son sac, et son agenda. Bien sûr qu’elle est dans la rationalité !” affirme Pascale Girardon.

L’avocate générale requiert 18 ans de réclusion criminelle ainsi qu’un suivi socio-judiciaire et une obligation de soins à l’encontre de Fabienne Kabou.

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