L’avocate générale a requis 18 ans de prison à l’encontre de Fabienne Kabou. Le verdict sera rendu ce soir ou demain.

Fabienne Kabou comparaît depuis vendredi aux Assises de Douai pour avoir tué sa fille Adélaïde, âgée de 15 mois, en la déposant sur la plage de Berck à marée montante, en novembre 2013. Condamnée à 20 ans en première instance, Fabienne Kabou avait fait appel, plaidant non-coupable dès l’ouverture de son second procès. “Quelqu’un a agi en moi pour assassiner ma fille” a-t-elle déclaré vendredi, invoquant la sorcellerie.

Pour les experts qui l’ont examinée, ces explications cachent « une psychose paranoïaque chronique » de l’accusée. « Fabienne Kabou est tout sauf une petite menteuse. C’est une grande délirante » a déclaré le Docteur Zagury, psychiatre. 

Selon les médecins, Fabienne Kabou est donc une « malade mentale ». Mais selon l’avocate générale, « la psychiatrie n’est pas une science exacte », et Fabienne Kabou doit être condamnée. Ecoutez:

 

Relire notre direct du réquisitoire de l’avocate générale

La parole est désormais aux avocats de Fabienne Kabou. C’est Maître Roy-Nansion qui débute. Après être revenue sur les faits, elle pose la question aux jurés: “Comment on fait, maintenant ? On condamne Fabienne Kabou ou on l’aide à s’en sortir ?”

L’avocate revient ensuite sur le parcours de sa cliente. “En 2011, Fabienne va se néantiser. Plus de sécurité sociale, plus de compte bancaire, plus rien: elle disparaît du monde. Même quand sa cousine vient frapper à sa porte, elle n’ouvre pas. Pourquoi ? Parce qu’elle se sent en danger, et qu’elle laisse les autres à l’extérieur pour les protéger”.

Me Roy-Nansion raconte que c’est à elle que Fabienne Kabou parle en premier de “sorcellerie”. “Je lui ai dit qu’il fallait qu’elle en parle au juge d’instruction. C’est sur mon conseil qu’elle le fait”. L’avocate répond ainsi à l’avocate générale, qui avait qualifié la sorcellerie comme étant “une explication de pure opportunité” qui était arrivée tard dans l’enquête.

S’adressant aux jurés, Me Roy-Nansion termine sa plaidoirie: “Fabienne Kabou a fait du chemin. Elle prend des médicaments. Sa carapace s’est fissuré. 

17h00: C’est désormais à Frank Berton de prendre la parole pour défendre Fabienne Kabou. “Mesdames et messieurs les jurés, pour la première fois de ma carrière, je sais ce que je ferais à votre place. Je réfléchirais à pourquoi elle a fait ça. Vous en connaissez beaucoup des mères qui prennent le bus de Saint-Mandé pour monter dans un train direction Berck pour poser leur fille sur le sable de Berck, au mois de novembre ? Vous n’en connaissez qu’une seule: c’est elle!” hurle le ténor du barreau de Lille. L’avocat explique: “Et si elle a fait ça, c’est parce qu’il y a une force intérieure et extérieure. Intérieure, c’est la maladie. Extérieure, c’est la sorcellerie”

“Ce n’est pas le geste qu’on juge, c’est l’auteur du crime. C’est elle. Mais elle, c’est qui ? tonne Me Berton. Ca fait longtemps qu’elle crie et qu’elle appelle à l’aide”. 

Me Berton poursuit avec son expérience personnelle: “J’ai plaidé pour Madame Cotterez, qui a congelé ses 8 enfants. J’ai plaidé pour une femme qui avait un QI supérieur à la moyenne, qui a mis un sac sur la tête de son enfant. Personne ne comprenait… jusqu’à ce que des psychiatres viennent nous expliquer. Vous en connaissez beaucoup des femmes qui accouchent seule à la maison ? Vous en connaissez beaucoup qui veulent garder le foetus dans un bocal après un premier IVG ? Vous en connaissez beaucoup qui prennent le train pour Berck, une ville qu’elle ne connaît même pas, mais juste parce que Berck, ça sonne triste ? Moi j’en connais pas d’autres !”

“On ne peut comprendre cette femme qu’avec l’explication de l’altération du discernement. L’altération, c’est quoi ? C’est qu’elle n’est pas toute seule dans sa tête !” martèle Frank Berton

L’avocat s’adresse aux jurés: “Si on demande l’avis des experts psychiatres, ce n’est pas pour la personne qui est dans le box. C’est pour vous aider à prendre une décision. Juger, c’est comprendre. Vous devez comprendre. Elle est malade. Les experts ont dit qu’on était sur le fil du rasoir de l’abolition du discernement. Si vous ne baissez pas cette peine, ce procès n’a pas de sens. Je ne suis pas là pour vous dire de combien, mais il faut que cette femme comprenne qu’elle est malade, qu’elle doit se soigner. Baisser sa peine, ce n’est pas un cadeau. C’est donner un sens. C’est lui dire “oui, vous avez bien fait de faire appel. On a compris qu’il y avait quelqu’un d’autre avec vous, et qu’il faut vous soigner”.

17h45: L’audience est suspendue. Le verdict sera rendu demain.

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