Pascale Descamps a entamé une grève de la faim le 1er février pour interpeller Emmanuel Macron (© Delta FM)

Partie rejoindre les rangs de Daesh avec son mari en 2015, une Boulonnaise est aujourd’hui retenue par les militaires kurdes dans le camp de Roj, au Nord-Est de la Syrie. Malade, la femme de 32 ans demande son rapatriement et celui de ses 4 enfants. A Boulogne-sur-Mer, sa mère Pascale Descamps a entamé une grève de la faim pour interpeller le Président de la République Emmanuel Macron. Nous l’avons rencontrée.

Faut-il rapatrier les familles de djihadistes ? Selon un sondage paru au printemps 2019, sept Français sur dix y sont opposés. Une opinion publique que Pascale Descamps “comprend“. Même si elle souligne “l’emprise sectaire” qui a amené sa fille en Syrie, la Boulonnaise ne lui cherche pas d’excuses. “Bien sûr qu’il faut qu’elle réponde de ses actes. La meilleure des choses serait qu’elle soit jugée et qu’elle aille en prison. Cela voudrait dire qu’elle aura survécu à la maladie, et que je pourrai m’occuper de mes petits-enfants”.

Pour exhorter l’Etat français à rapatrier sa fille et ses petits-enfants, Pascale Descamps a entamé le 1er février une grève de la faim Malgré la fatigue physique et psychologique, la femme a accepté de nous livrer son histoire, et de revenir sur ce moment où “Daesh [lui] est tombé sur la tête“. 

Le départ

Tout commence en 2011. Mélanie (prénom d’emprunt) vit avec sa mère, à Boulogne-sur-Mer. “A cette époque, elle sortait avec des amies, s’habillait normalement” se souvient Pascale Descamps. Jusqu’au jour où elle rencontre un homme de 10 ans son aîné, sur le web. Le couple démarre une relation à distance. Mais Mélanie, déjà maman d’une petite fille, rêve de stabilité et part s’installer chez son compagnon dans le Sud de la France. Lorsque sa mère lui rend visite 3 mois plus tard, c’est le choc. “Elle était voilée de la tête aux pieds, raconte-t-elle. Et puis il y a eu la dérive, l’emprise. J’ai vu ma fille changer“. La famille s’agrandit, et disparaît du jour au lendemain, en 2015. Pascale Descamps reçoit un premier message de Mélanie, qui lui annonce être en Syrie, “par obligation“. 

Au cœur de l’Etat islamique

Quelques mois plus tard, l’homme, vraisemblablement un combattant de l’Etat islamique, meurt sous les bombardements. Quant aux femmes, Pascale Descamps rappelle qu’elles “n’étaient  pas autorisées à combattre. A ce moment-là, [Mélanie] est dans les couches, avec des bébés dont il faut s’occuper“. Remariée, Mélanie aura même un 4ème enfant, un petit garçon né en Syrie.

En 2019, lorsque la coalition internationale s’empare du dernier bastion de l’Etat islamique, les femmes et les enfants de djihadistes sont emmenés dans le camp de Al-Hol, où ils sont surveillés par des militaires armés. Les autorités kurdes demandent aux pays étrangers de récupérer leurs ressortissants. La France n’en rapatrie que quelques-uns.  Mélanie et ses enfants, eux, sont transférés dans “une prison en dur“, puis dans le camp de détention de Roj, au Nord-Est de la Syrie. 

La demande de rapatriement

Depuis, la femme de 32 ans envoie toutes les semaines des messages à sa mère via l’application Whatsapp. En novembre, elle lui annonce qu’elle souffre d’une tumeur dans le côlon (message audio à écouter dans notre reportage ci-dessous). En pleurs, elle demande à être rapatriée en France avec ses enfants. C’est aussi ce que réclame Pascale Descamps. “Même avant que ma fille soit malade, j’ai toujours demandé un rapatriement car c’est la seule issue. D’abord pour qu’elle reçoive un traitement digne et équitable. Et puis, pour mes petits-enfants. Vont-ils devoir faire toute leur enfance derrière des grillages, dans la boue, avec des insectes et la galle ?”

L’Etat français, lui, reste sur la doctrine du rapatriement “au cas par cas”. Pour Pascale Descamps, il y a urgence. “Ma fille fait l’objet d’un mandat d’arrêt international, et elle est malade. Qu’attend-on pour la rapatrier, elle et ses enfants? s’interroge-t-elle, imaginant déjà les futurs batailles à mener pour obtenir la garde de ses petits-enfants en cas de rapatriement. “J’emploierai toute mon énergie jusqu’à la fin de ma vie pour les porter vers le haut, les guérir, panser leurs plaies pour qu’ils aient une chance de se réparer et de se réinsérer dans notre société par l’école, par l’instruction, avec les valeurs de notre République“. 

Mélanie, une Boulonnaise partie en Syrie demande son rapatriement, sa mère en grève de la faim. Reportage Delta FM:

 

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